Le suicide des personnes âgées est un phénomène encore trop peu mis en lumière dans l’espace public et médiatique. Pourtant, les données révèlent qu’il s’agit d’une question de santé publique majeure, avec des taux de mortalité par suicide bien plus élevés que dans les autres tranches d’âge.
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Ce constat soulève des interrogations profondes sur le mal-être des aînés et sur les facteurs qui contribuent à leur détresse psychologique. L’Observatoire National du Suicide à publié un rapport, levant ainsi le voile sur ce sujet encore tabou.
Une prévalence alarmante du suicide chez les personnes âgées
Contrairement à une idée reçue, le suicide ne touche pas uniquement les jeunes. Si l’attention médiatique se focalise souvent sur cette tranche d’âge, les chiffres montrent que les personnes âgées sont celles qui se suicident le plus. En France, en 2022, le taux de suicide des 85 ans, et plus, atteignait 35,2 % pour 100 000 habitants, contre 2,8 % chez les moins de 25 ans.
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Les hommes âgés sont particulièrement à risque. Entre 2021 et 2022, le taux de suicide des hommes de 85 ans, et plus, est passé de 77 à 86 pour 100 000 habitants, tandis qu’il restait stable, voire en légère baisse, chez les femmes du même âge.
Suicide des personnes âgées : de multiples facteurs explicatifs
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces taux alarmants. Parmi les principaux déterminants figurent :
- La perte d’autonomie et les maladies invalidantes : la détérioration physique et cognitive due à l’âge est souvent une cause majeure de souffrance. La dépendance croissante, notamment lors de l’entrée en établissement médicalisé, est perçue par certains comme une perte de contrôle sur leur propre existence (notamment chez les hommes âgés).
- L’isolement social et le veuvage : les personnes âgées souffrent souvent de solitude, surtout après le décès de leur conjoint. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les femmes, qui se suicideront par “dévouement” pour leur conjoint décédé.
- Les difficultés économiques : une baisse des revenus après la retraite ou le décès d’un conjoint peut accentuer le sentiment de précarité et de dépendance.
- La perception sociale du vieillissement : la société moderne et occidentale valorise peu le grand âge, et de nombreuses personnes âgées finissent par intérioriser l’idée qu’elles sont un “fardeau” pour leurs proches et pour la société.
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La fatigue ou l’épuisement, la douleur, le sentiment de déclin physique ou de perte de soi, la peur des souffrances futures, la dépendance ou la perte d’autonomie, la solitude, le désespoir, le sentiment d’inutilité et la lassitude de vivre, l’emprise des professionnels de santé sont des éléments constitutifs d’une souffrance insupportable
Les spécificités du suicide des femmes et des hommes âgés
Les recherches montrent des différences notables entre hommes et femmes face au suicide au grand âge :
- Chez les hommes : Le suicide est souvent lié à des événements “bifurcatifs”, comme l’entrée en maison de retraite, qui symbolise une perte de pouvoir sur leur propre quotidien en fin de vie.
- Chez les femmes : La détresse semble plus liée à un épuisement psychologique progressif, notamment en raison du rôle de “soignante” (“care”) qu’elles continuent souvent d’exercer jusqu’à un âge avancé. Certaines d’entre elles envisagent même le suicide comme un moyen de suivre leur conjoint dans la mort, tandis que d’autres y voient une échappatoire face à une charge mentale et domestique devenue insupportable.
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Les femmes tentent de se suicider pour continuer à se conformer aux normes de genre, tandis que les hommes le font parce qu’ils n’arrivent plus à se conformer à ces normes. En effet, les femmes âgées pourront orchestrer le suicide conjugal ou se suicider par dévouement pour le conjoint ou le proche décédé ; tandis que les tentatives de suicide des hommes âgés sont expliquées en lien avec des pertes de maîtrise du mode de vie ou l’entrée en institution.
Suicide des personnes âgées : Un sujet encore tabou
Malgré son ampleur, le suicide des personnes âgées reste largement invisibilisé dans les débats publics. Contrairement au suicide des jeunes, qui suscite des réactions vives et émotionnelles, celui des aînés est souvent perçu comme “plus acceptable”, voire naturel. Cette différence d’appréciation sociale peut expliquer en partie le manque d’attention portée à cette problématique.
Le suicide des aînés aurait socialement moins de valeur, du moins leur mort apparaîtrait-elle plus acceptable que celle des jeunes. Au-delà de la réception sociale du suicide, c’est également l’interprétation de leur désir de mourir qui est différente, car davantage reliée à l’âge.
De plus, la définition même du suicide chez les personnes âgées pose problème. Certains comportements autodestructeurs, comme le refus de s’alimenter ou le désengagement progressif de la vie sociale, ne sont pas toujours reconnus comme des actes suicidaires, bien qu’ils en partagent les mécanismes sous-jacents.
Les dispositifs de prévention : un enjeu crucial
Face à cette réalité préoccupante, plusieurs mesures doivent être renforcées :
- Développer les soins psychologiques et le suivi médical des aînés, notamment en renforçant la détection des signes de détresse chez les personnes âgées en perte d’autonomie.
- Lutter contre l’isolement social, en favorisant les visites, les activités intergénérationnelles et les dispositifs de soutien.
- Repenser l’accompagnement en établissement médicalisé, en veillant à préserver l’autonomie (autant que faire se peut) et la dignité des résidents.
- Changer le regard sur le vieillissement, pour que les personnes âgées ne se sentent plus perçues comme un fardeau, mais comme une richesse pour la société.
Le suicide chez les personnes âgées est un sujet majeur qui mérite une attention bien plus grande. Moins connu que le suicide chez les jeunes, il en devient largement méconnu et insuffisamment étudié, ce qui empêche la mise en place de mesures concrètes ?
Derrière ces chiffres se cachent des trajectoires de vie marquées par la solitude, la perte d’autonomie et une souffrance souvent ignorée. Agir pour prévenir ces drames passe par une prise de conscience collective et une meilleure intégration des aînés dans le tissu social.
Télécharger le rapport complet de l’Observatoire National du Suicide
Cet article a été publié par la Rédaction le